Dina Bélanger

La Bienheureuse

 

Dina Bélanger est née à Québec, quartier Saint-Roch, le 30 avril 1897. Elle est la fille d’Octave Bélanger, comptable, et de Séraphia Matte, ménagère. Ces parents sont de fervents catholiques, à l’aise financièrement. La poupine sera suivie un an et demi plus tard d’un petit frère, lequel mourra presque en naissant, ce qui protégera son statut de fille unique.

Tenace et volontaire, elle sait déjà à deux ans son « Je vous salue Marie » et elle adore se joindre à la récitation de l’Angélus. Elle n’a pas encore six ans qu’elle s’adonne à de longues méditations sur la passion de Jésus. Elle fait sa première communion à dix ans, le 2 mai 1907, et reçoit le même jour le sacrement de confirmation – des moments pour elle de grande intériorité.

Dix mois plus tard, le 25 mars 1908, en la fête de l’Annonciation, elle entend la voix de Notre-Seigneur pour la première fois, ce qui l’inonde de bonheur. Mais cela ne l’empêche pas, sur un autre plan, de travailler à corriger ses défauts, notamment sa tendance à la vanité.

Côté scolaire, elle assure sa formation de base aux écoles tenues par les Dames de la Congrégation, d’abord à Saint-Roch, puis à Notre-Dame-de-la-Jacques-Cartier, avant de se retrouver en 1911 dans la haute ville, pensionnaire au couvent Notre-Dame-de-Bellevue.

Si elle tient au pensionnat, c’est pour corriger sa timidité et son trop grand amour de l’isolement. Si un jour elle veut devenir religieuse – elle en rêve  souvent –  il faudra bien qu’elle s’habitue à vivre avec les autres.

De 8 à 17 ans, elle suit à l’école les leçons de piano offertes par les religieuses, puis voilà qu’en 1914, Joseph-Arthur Bernier, l’organiste de sa paroisse, la prend sous son aile. Il ne tarde pas à découvrir en elle une musicienne de grand talent.

Il en parle à son curé, l’abbé Omer Cloutier, qui conseille aux parents de l’envoyer étudier à New York. C’est ainsi que de 1916 à 1918, en pleine guerre mondiale, elle fréquente l’Institut of Musical Art tout en pensionnant chez les religieuses de Jésus-Marie à leur résidence Our Lady of Peace.

Elle progresse si bien dans ces études, que ses maîtres déplorent qu’elle ne veuille pas revenir pour une troisième année. Ils sont impressionnés par l‘assurance et la fermeté de son jeu sur le clavier avec ses longues mains aux doigts effilés. C’est au point qu’elle finira un jour en jouant par briser l’un des marteaux au ventre de l’instrument.

De retour au pays, Dina, 21 ans, a déjà opté pour la vie religieuse, mais elle se demande quelle communauté, de celles qu’elle connaît, elle devrait joindre.

Elle aspire à la vie contemplative alors que les congrégations qu’elle connaît sont vouées à l’enseignement. « Je te veux à Jésus-Marie» , lui annonce tout à coup Jésus. « Mais, Seigneur… » et le Seigneur de la rassurer : « Ne crains pas, tu n’enseigneras pas longtemps ». Il se trouve en outre,  dans l’immédiat, que son curé – est-ce pour ménager les parents? – lui demande d’ajourner sa décision et de taire ses intentions.

En attendant, elle demeure à la maison, seconde le bénévolat de sa mère en paroisse et suit des leçons d’harmonie par correspondance, étude facilitée par la bosse de mathématiques dont elle dit avoir hérité de son père, lui-même excellent musicien.

Ses parents lui ont fait cadeau d’un piano, de quoi la combler. Vient un temps où elle se produit avec un succès grandissant dans des salles de concert, tout cela au profit d’œuvres de charité. Rien de trop beau ! Grâce à ses études, il lui arrive aussi de composer de la musique bien à elle.

À l’occasion de quelques sorties à la campagne, elle se nourrit des beautés de la nature auxquelles elle est très sensible, autant de sujets à enrichir sa conversation avec son divin Maître auquel elle se garde bien de vouloir déplaire.

Il faut attendre le jeudi 11 août 1921 pour qu’elle quitte les siens et entre au couvent Jésus-Marie de Sillery comme novice. Elle y fait profession deux ans plus tard, le 15 août 1923, et devient à 26 ans Sœur Marie Sainte-Cécile-de-Rome.

Puis, première nomination, les supérieures l’envoient en septembre enseigner la musique au couvent de Saint-Michel-de-Bellechasse. Malheureusement, à peine cinq semaines plus tard, en soignant une élève, elle attrape un virus qui dégénère bientôt en tuberculose pulmonaire et la ramène à Sillery. À l’infirmerie de la communauté, elle prolongera sa maladie jusqu’au 4 septembre 1929, jour de son décès à l’âge de 32 ans après huit ans de vie consacrée.

Des splendeurs de sa vie intérieure, on n’aurait jamais rien su, si les supérieures ne lui avaient pas demandé d’écrire son autobiographie – ce qui est pour nous une grande bénédiction, car elle y retrace les diverses péripéties de sa vie mystique avec Jésus, à partir de son jeune âge jusqu’à ses derniers jours.

Le Canada français de l’époque passe volontiers pour catholique, et catholique pratiquant, mais, à moins de remonter aux premiers temps de la colonie, on ne peut pas dire que les exemples de mysticisme encombrent son histoire.

De son vivant, Dina a surtout brillé par son effacement. « Je n’ai de valeur, écrit-elle, que ce que je vaux devant Dieu. Jésus ne voulait pas que je jouisse de mes efforts, et il permettait que, par ma manière d’agir, les autres ne puissent pas supposer ce qui se passait en moi. »

En 1934, cinq ans après son décès, paraît son autobiographie sous le titre d’Une Vie dans le Christ. C’est un incroyable succès de librairie. « De 1934 à 1953, 43,000 exemplaires français et anglais seront vendus ainsi qu’un demi-million d’extraits de l’autobiographie, ce qui la fait connaître d’emblée.

Au cours de ces années, l’ouvrage sera aussi traduit en allemand, en italien, en espagnol, en tamoul (Inde et Sri Lanka) et des extraits, notamment en hollandais et en chinois ». Ainsi donc se réalise la promesse que lui avait faite Jésus avant son entrée au couvent : Tu feras du bien surtout par tes écrits.»

Après sa mort, de nombreuses faveurs ont été obtenues par son intercession, si bien qu’en 1939, à l’archevêché de Québec, on ouvre son procès diocésain premier pas vers la béatification. La même année, dans un petit village du Nouveau-Brunswick, à Lamèque, un bébé atteint d’hydrocéphalie (tête d’eau) se voit condamné à une mort sans recours.

Après une fervente neuvaine de la famille à Dina Bélanger, l’enfant condamné se rétablit sans séquelles, guérison que les médecins n’arrivent pas à expliquer par les seules connaissances de la médecine. Il s’agit vraiment d’un miracle, miracle que Jean-Paul II a retenu pour la béatification de la musicienne le 20 mars 1993. Que le Seigneur Jésus en soit à jamais loué!

Source :
Voix du sanctuaire 2021 (PDF).