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Madeleine Delbrêl

Ses origines

Madeleine Delbrêl est née le 24 octobre 1904 à Mussidan, en Dordogne, dans le sud-ouest de la France. Elle est décédée le 13 octobre en 1964, à l’âge de 60 ans, à Ivry-sur-Seine dans le Val-de-Marne où elle a vécu 30 ans. Fille unique dans une famille indifférente à la foi, même si elle a été baptisée, fait sa première communion et sa confirmation, elle avoue que dans son milieu, Dieu n’était peu ou pas nommé.

Les relations entre ses parents ont toujours été déplorables. Sa mère pleine de finesse et de délicatesse avait reçu une éducation disciplinée de petite bourgeoise.

Son père, cheminot et autodidacte, dix ans plus âgé, était imprévisible, rebelle, plein de projets et d’initiative, chef incontesté de la famille. On devait composer avec ses sautes d’humeur.

Une dame de service dans la famille veillera sur la bonne entente du couple et accompagnera Madeleine toute sa vie; elle lui survivra et sera sa protectrice et sa première éducatrice.

Madeleine hérite de sa mère sans doute, mais elle avait un penchant pour son père : « Mon père adoré, disait-elle, ne faisait rien comme tout le monde ».

On reconnaîtra, chez elle, certains traits contrastés du paternel. À l’automne de 1916, la famille aménage à Paris parce que le père vient d’être promu chef de gare.

Il aimait la littérature et avait appris fièrement et bellement à causer et à écrire. À Paris, la famille loge au cœur du quartier Montparnasse, lieu par excellence du bouillonnement littéraire et artistique.

Femme de recherche

Madeleine DelbrêlEn 1920, on la retrouve étudiante à la Sorbonne en philosophie, en histoire de l’art, en littérature.

En 1922, à 19 ans, elle affirme sans hésitation son athéisme. Elle devient amoureuse d’un jeune étudiant qui aimait comme elle la danse, l’art et la poésie… Un véritable coup de foudre! Le moment d’un grand bonheur qui sera de courte durée. Il lui révèle son projet de vie : devenir dominicain. L’amour est-il encore possible? C’est la déprime!

Madeleine ne se doute pas que Dieu lui prépare des surprises. Il est à sa recherche; il lui donne rendez-vous un soir de danse où elle rencontre fortuitement un groupe de jeunes qui font la fête. Ces jeunes sont à son image. Dans des discussions ouvertes, elle prend conscience qu’elle partage les mêmes intérêts. Ils échangent spontanément.

La question de Dieu leur « paraissait être, dit-elle, indispensable comme l’air » à leur joie de vivre. Ces jeunes rencontrés en ce soir de divertissement lui proposent de lui présenter un jour l’abbé Jacques Lorenzo qui deviendra son confident.

Une rencontre qui ouvre à l’Évangile, la prière et l’engagement

« Il fait exploser en moi, dira-t-elle, l’Évangile ». Elle s’interroge longuement, puis elle note : « Lisant et réfléchissant, j’ai trouvé Dieu; mais en priant, j’ai cru que Dieu me trouvait et qu’il est la vérité vivante, et qu’on peut l’aimer comme on aime une personne ». Madeleine se sent alors revisitée par le bonheur.

C’est donc dans la vingtaine, dans un moment d’éblouissement, qu’elle fera l’expérience de Dieu, et qu’elle nous révélera en toute simplicité : « Je ne pouvais plus honnêtement laisser Dieu dans l’obscurité… Je choisis ce qui me paraissait le mieux traduire mon changement de perspective : je décidai de prier… à l’occasion d’un tintamarre quelconque, on avait évoqué Thérèse d’Avila, disant de penser silencieusement à Dieu cinq minutes par jour… Dès la première fois, je priai à genoux… Je l’ai fait ce jour-là et beaucoup d’autres jours et sans chronométrage. »

C’est alors que l’abbé Lorenzo lui propose de s’engager comme cheftaine pour être responsable d’une meute de louveteaux. C’était l’occasion pour elle de rencontrer quelques jeunes filles déjà impliquées dans l’animation des scouts. Le temps passe, puis elle les invite et leur propose des partages d’Évangile.

Au service de la population ouvrière

Ivry-sur-SeineQuelques-unes songent à quitter avec elle pour Ivry. Un projet les attend! Le 15 octobre 1933, jour de départ, plusieurs de ses compagnes se désistent. Elles ne restent que trois pour lancer le projet. Elles n’allaient pourtant qu’à trois kilomètres de Paris… Elles y allaient « comme des missionnaires sans bateau ».

Madeleine y vécut plus de 30 ans à lutter contre les injustices sociales avec « les gens de la rue », « les gens ordinaires ». Elle a porté passionnément l’Évangile avec ses compagnes dans cette commune divisée entre les chrétiens d’un côté et les communistes de l’autre.

C’est bien ici que Madeleine s’est mise avec son équipe au service de la population ouvrière que l’on dénommait le « laboratoire de la rencontre entre communistes et chrétiens ».

Des équipes de la Charité

C’est bien ici qu’elle animait ses équipes de la Charité, nom donné à la maison où logeaient les équipes qui avaient comme objectif « d’aimer son prochain comme Dieu nous aime, aimer les autres même si nous avions aucune raison de les aimer, même si nous avions au contraire toutes les raisons de ne pas les aimer… « On vivait l’Évangile au milieu des gens, dit-elle, on gagnait sa vie dans sa profession, on était à la disposition de tous comme de simples voisines ».

Madeleine s’est remise aux études pour obtenir un brevet officiel de travailleuse sociale. L’autre était infirmière et la troisième avait une compétence comme aide de laboratoire. L’équipe portait en même temps la préoccupation de « l’esprit contemplatif » qui avait inspiré ce projet apostolique.

Madeleine DelbrêlMadeleine, infatigable et fragile, déterminée, attirante et séduisante, inspirait confiance. Elle a appris à s’ajuster et à se réajuster à la réalité apostolique de son quotidien, puis à rassembler ses compagnes en une fraternité joyeuse, ouverte et accueillante.

D’autres collaboratrices, fascinées par leur projet, s’ajoutent aux trois premières. Il fallait tout de même se définir : « Nous sommes de vraies laïques, n’ayant pas d’autres vœux que nos promesses et notre baptême ». Il fallait éviter qu’on les confonde avec des bonnes de presbytères et qu’on les identifie sous toutes sortes de noms qui parfois pouvaient effleurer le ridicule.

« Nous sommes douze en douze maisons, écrit Madeleine. Le travail que nous faisons n’a pas grande importance en lui-même. Il nous sert de lieu de témoignage de l’Évangile, de terrain de rencontre avec notre prochain ».

C’est ainsi que le mot « charité » sera revalorisé. La charité, c’est plus que faire l’aumône, que faire la charité, comme on l’entendait. « La charité, c’est plus que le nécessaire pour exister, pour vivre, pour agir », la charité, c’est Quelqu’un, « on fait sa connaissance en faisant la connaissance du Christ… »

Son soutien aux prêtres ouvriers

Madeleine s’implique dans la Mission de France en soutenant le travail des prêtres ouvriers : « La vocation de ces prêtres ouvriers, dira Madeleine, est une vocation qui porte en germe pour l’Église tout un avenir ».

Ils travaillaient comme salariés en usine au service pastoral de la classe ouvrière fortement déchristianisée tout en s’impliquant également dans les associations syndicales. Ils collaboraient étroitement avec les équipes de La Charité. Ils avaient les mêmes objectifs.

Madeleine se rend à Rome pour expliquer à Pie XII le bien-fondé, dans le contexte social déchristianisé, la mission de ces prêtres.

Le Pape craint que la philosophie communiste s’infiltre dans l’action apostolique de ces pasteurs d’usine. Dans un document daté du 19 septembre 1953, le Vatican ordonne la suppression des prêtres ouvriers et la fermeture des séminaires qui les préparaient à leur mission.

Avec quelle douleur, pour être fidèle à l’Église, Madeleine assume la décision de Pie XII. Mais plus tard, après le Concile Vatican II, en 1965, Paul VI autorisera à nouveau les prêtres à retourner en usine.

Une Église qui rajeunit

Jean XXIII a été élu en octobre 1958. Sans perdre de temps, il annonce, à la surprise du monde entier, la tenue d’un Concile en janvier 1959.

Dans son discours d’ouverture le 11 octobre 1962, il affirme que l’Église décide de se mettre à jour. Il faut donc ouvrir les fenêtres pour « désempoussiérer » l’Église.

J’imagine voir se pencher sur les documents du Concile les équipes de La Charité de Madeleine Delbrêl.

Madeleine, femme de don

Madeleine Delbrêl« C’est l’expérience qui éduque », aimait-elle répéter. Elle ne manquait pas de surprendre dans sa façon de s’exprimer. Elle avait le don de communiquer sa pensée dans des aphorismes toujours éclairés par la réalité de son vécu. Elle savait mettre en mots et en images ses intuitions. Elle avait le don prophétique du bon sens.

« La vie pour Madeleine est faite pour foncer, pour prendre des risques, pour donner. Si on la garde pour soi, on l’étouffe. La vie est calamiteuse si on la garde pour soi, mais splendide si on la donne ».

À 50 ans, elle écrivait, toujours avec humour : « J’ai eu le plaisir de recevoir les conseils de 10 médecins. J’ai eu la chance d’en rencontrer deux bons. Je sais de façon certaine que j’ai un caractère de chien, un entêtement d’âne, un tempérament de cheval, c’est pourquoi un vétérinaire me semble mieux proportionné à mes besoins. »

En 1990, Mgr François Frétellière, ancien évêque de Créteil, introduit la cause de béatification de Madeleine Delbrêl à Rome. Un premier pas est fait. Elle a été déclarée vénérable par le Pape François le 26 janvier 2018.

« La foi nous donne pour mission de mettre dans le monde l’amour même de Dieu,
avec des manières humaines,
des façons d’être humaines; celle du Christ. »

« La foi nous charge de réaliser dans le monde
une sorte d’engagement temporel de l’éternel amour de Dieu. »

Madeleine Delbrêl

Source :
Voix du sanctuaire 2020 (PDF).

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