Imprimer

Les cieux s’ouvrirent …

Quelques réflexions alors que Noël s’achève

Le folklore qui entoure la fête de Noël n’est pas sans charme. De même les célébrations liturgiques où l’on chante « l’heure solennelle » et « le divin enfant » tout en évoquant le son des « musettes qui résonnent ». Étrangement la fête de la naissance se termine de manière abrupte avec le récit du baptême de Jésus, trente ans plus tard. Si la magie n’est plus là, les questions demeurent.


Mais qui donc est ce Jésus ?

On sait peu de choses du Jésus historique. Il n’est que de penser à saint Paul qui se contentera de dire qu’il est né d’une femme (Galates 4,4) sans plus de précision. Même saint Luc en ouvrant son chapitre sur le ministère de Jésus donne à penser qu’on a oublié qui il était : Jésus lors de ses débuts, avait environ trente ans, et il était, croyait-on, fils de Joseph (Lc 3,23).

Pourtant avec les célébrations entourant la fête de Noël, ce ne sont pas les détails qui manquent. En puisant tant chez Matthieu que chez Luc on apprend tout du Jésus enfant : sa parenté, sa conception, l’origine de son nom, sa naissance, ses visiteurs, les cadeaux de circonstance, les rituels religieux, l’exil forcé en Égypte… Tout y est, mais aurait-on la mémoire courte?

Trente ans plus tard

Par ailleurs, le cycle de Noël se termine étrangement par un saut dans le temps nous forçant à quitter le charme de la crèche pour se retrouver trente ans plus tard, comme si de rien n’était, en présence d’un Jésus devenu adulte qui semble avoir perdu son identité.

Les célébrations liturgiques entourant la naissance de Jésus ne sont pourtant pas terminées. Évidemment les cœurs de la Saint-Valentin qui envahissent les centres d’achat le 26 décembre donnent à penser le contraire. Reste tout de même la célébration du baptême de Jésus. C’est une pièce importante au dossier, car elle vient non pas boucler la boucle, mais au contraire l’ouvrir.

Le baptême de Jésus

CielLes quatre évangiles témoignent de l’événement. Celui de Matthieu (Mt 3,13-17) est le plus détaillé et on ne peut lui nier son sens de la mise en scène: les cieux s’ouvrent, l’Esprit de Dieu descend comme le ferait une colombe et une voix se fait entendre

En se retrouvant au bord du Jourdain, il faut tout de même reconnaître qu’on s’est éloigné de Bethléem et de la féerie de Noël. Par ailleurs comme pour nous éviter un certain dépaysement la scène a tout de même de quoi capter l’intérêt : le ciel, la colombe, la voix … Encore une petite dose de folklore diront certains. Tout ce qu’il faut pour entretenir la crédulité diront d’autres.

Encore du merveilleux

Étrange tout de même ce baptême vécu au Jourdain. Comme un récit merveilleux qui viendrait s’ajouter à ceux qui ont été médités depuis la nuit de Noël. Comme un complément à ce qui a été chanté : le Divin Enfant, le jeu des hautbois, les musettes qui résonnent, le brillant chœur des anges, les bergers, les mages. Au baptême, c’est le ciel qui s’ouvre … Le conte de fée semble vouloir se poursuivre. Un autre conte à accueillir avec la candeur qui l’accompagne.

Avec candeur peut-être et pourquoi pas davantage avec naïveté !

Il y a naïveté et naïveté

Tout de même qu’on se rassure. L’adulte que je suis sait très bien que tous ces récits aux allures de comptines sont là pour dire le mystère, pour en traduire le poids. Il sait aussi qu’il y a de la candeur et de la naïveté dans l’acte de croire.

Mais pour reprendre le mot d’un philosophe français – il s’agit de Paul Ricoeur – s’il y a une naïveté première, il y a aussi une naïveté seconde, celle qui permet de pointer du doigt les réalités profondes, celle qui ouvre sur l’interprétation créative. Le croyant n’est pas si naïf et candide qu’il peut en avoir l’air.

Par ailleurs, un décodage s’impose et l’aventure du baptême de Jésus en offre également l’occasion. Qu’est-ce qui se cache sous le merveilleux du récit? Ceux qui font de la photographie savent que pour éviter le flou, il faut mettre la lentille au foyer en centrant bien l’objectif sur ce qu’on veut retenir.

La « mise au foyer »

Avant de terminer les célébrations qui entourent Noël, c’est ce à quoi nous sommes invités. Si nous portons un regard autre sur le petit enfant de la crèche en acceptant de lever le voile de la fantaisie qui l’entoure, si nous mettons notre lentille au foyer, nous y verrons bien autre chose qu’une statuette de plâtre rose ou de cire vieillotte. C’est bien ce que propose le récit du baptême de Jésus. Il permet d’enlever « l’à – peu – près » ou le « flou » qui risquent souvent d’enrober nos propos sur Jésus.

Ce n’est pas sans raison que cette page d’évangile vient clore les fêtes de Noël. Le petit enfant emmailloté et couché dans une mangeoire est aussi le Verbe fait chair. C’est bien ce qu’apprennent étonnés les témoins du baptême de Jésus lorsqu’une voix se fait entendre : Celui-ci est mon fils bien-aimé.

Mais attention, ce n’est que plus tard, bien plus tard, à la lumière de la résurrection, qu’ils comprendront le sens véritable de ce qui sera passé au Jourdain.

Pour nous aujourd’hui

Après toutes ces années, c’est à nous que cette même révélation est faite. C’est pour nous que la voix se fait entendre. C’est à nous que le Seigneur dit : Ce Jésus dont vous avez évoqué la naissance à Noël, est mon Fils bien-aimé ! Adhérer à cette révélation, c’est reconnaître qu’il y a quelque chose de plus dans le Jésus de l’histoire.

Il n’est pas qu’un charmant souvenir associé au folklore de Noël. Il n’est pas qu’un prophète qui nous aura parlé d’amour. Il n’est pas qu’une grande figure. Il n’est pas qu’un mythe : Jésus est le Ressuscité de Pâques, il est le Vivant, il est le Fils bien-aimé, il est Fils de Dieu, il est son Christ, c’est-à-dire qu’il est son consacré, qu’il est son envoyé. Il est Dieu-avec-nous !

Un exercice permanent

C’est ce que les disciples auront appris à découvrir, et cela bien au-delà de Bethléem et du Jourdain. En fait les évidences ne se seront vraiment imposées qu’au lendemain de Pâques.

Il ne faut pas s’étonner que nous ayons besoin de faire et de refaire sans cesse une mise au point plus précise, plus pointue, sur l’objet premier de notre foi. Et si nos liturgies étaient là pour nous inviter à en faire un exercice permanent.

Les cieux peuvent encore s’ouvrir …
C’est ce que Noël avait, entre autres, à nous offrir.

Les commentaires sont fermés.