Quelle parole sommes-nous ?

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Beaucoup se demandent si c’est encore possible d’évangéliser aujourd’hui…

Prêter attention à ce qu’a vécu l’Église primitive sur cette question peut être très inspirant. Étonnamment, celle-ci a connu des difficultés aussi grandes que les nôtres. Bien que leur contexte culturel et social ait été différent du nôtre, nous pouvons y trouver des pistes susceptibles de nous éclairer.

Une rencontre dynamisante

Selon la Bible et l’expérience chrétienne, le fondement de la mission évangélisatrice, c’est essentiellement la rencontre personnelle de Jésus-Christ, une rencontre qui est à la fois dynamisme de vie et lumière intérieure.

De plus, cette rencontre est appelée à s’approfondir sans cesse

  • Lever du soleil… par le regard contemplatif qui discerne la présence agissante du Christ dans l’autre.
  • … par la prière qui passe de la tête au cœur : « la prière c’est ton désir » dira Saint Augustin.
  • … par la relecture de notre vécu et de notre histoire afin de décoder la présence du Ressuscité, car bien souvent, c’est après coup que nous discernons l’action de Dieu dans notre vie.

Dans la mesure où nous nous laisserons façonner par la Parole, nous deviendrons nous-mêmes de plus en plus une « parole » pertinente pour le monde d’aujourd’hui. Une Bonne Nouvelle vécue dans notre propre vie cherchera forcément à se communiquer.

Évangéliser, qu’est-ce à dire?

Plus spécifiquement, qu’est-ce qu’évangéliser peut bien vouloir dire?

Témoigner d’un événement porteur de sens

Au livre des Actes des Apôtres, les premiers discours missionnaires s’expriment ainsi : Dieu a ressuscité le Christ, vous êtes sauvés, il est Seigneur de vos vies. Autrement dit, la résurrection du Christ donne sens à nos vies, à nos souffrances et à notre mort.

Cet événement a une signification qui peut transformer nos vies et en changer l’orientation.

Faire l’expérience d’une présence agissante

Le Christ n’est pas un personnage du passé, une inspiration sans plus. Au contraire, il partage la vie même de Dieu et se propose à notre histoire afin de la dynamiser de l’intérieur.

Évangéliser, c’est donc exercer notre regard afin de lire dans nos vies la présence discrète mais bien réelle du Ressuscité. Dieu passe… il s’offre à notre collaboration afin de créer avec nous un monde neuf.

Prendre la route avec Lui

« Dieu ne s’impose jamais » (Maurice Zundel). La découverte de sa présence bienfaisante est liée à notre engagement, à notre « oui » qui se traduit par des décisions libres qui vont dans le sens d’une plus grande humanisation en nous et dans le monde.

L’histoire même d’Israël témoigne combien le peuple devait s’engager avec son Dieu afin de découvrir son visage. On est à cent lieux ici d’une démarche purement intellectuelle. C’est tout l’être qui est appelé à prendre la route. Tel un pèlerin, la lumière vient en marchant.

L’importance de la communauté

CommunautéLa vie chrétienne, ça ne se vit pas tout seul. À l’image du Dieu trinitaire, du Dieu de la relation, l’être humain est fondamentalement un être de relation. Sa croissance passe nécessairement par la qualité de ses relations avec lui-même, avec Dieu, avec les autres et même avec l’environnement. Tout est lié.

L’Évangile se vit donc ensemble. L’apôtre Paul a été particulièrement soucieux de former des communautés chrétiennes responsables, capables de se prendre elles-mêmes en charge. Bien qu’ayant fondé de nombreuses communautés chrétiennes en Asie Mineure, il n’a séjourné longtemps dans aucune d’elles.

Il gardait contact avec les Églises qu’il avait fondées : il leur écrivait, les visitait, les encourageait et les questionnait au besoin. Mais jamais il ne se substituait aux décisions que chaque Église avait à prendre, compte tenu du contexte socio-culturel propre à chacune. Une option pleine de risques il va s’en dire, mais qui s’est avérée combien féconde pour la diffusion du christianisme dans l’empire romain!

Des précurseurs qui nous inspirent

Elle est certes bien révolue l’ère de la chrétienté d’avant la révolution dite « tranquille » au Québec. Au point tel que le contexte présent s’apparente au contexte d’évangélisation qu’ont connu les premiers missionnaires. Leur style, dirions-nous, est plus que jamais une inspiration pour nous aujourd’hui.

Et qu’en est-il de leur style?

Saint PaulSi l’on se réfère à l’apôtre Paul notamment, nous constatons qu’au-delà de son rôle et de sa fonction, sa personne parle à titre particulier. « Ma vie c’est le Christ » dira-t-il. La qualité de sa personne est une source d’inspiration particulière précisément en raison de son union à Celui qui l’anime. Son être, ses actions et ses paroles constituent des signes crédibles qui renvoient à la vie d’un Autre qui se laisse deviner.

Bref, quand elle est vécue dans toute sa profondeur, la vie chrétienne est témoignage, inspiration et même contagion.

« À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples, à cet amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13,25)

Évangéliser, dans un contexte de sécularisation, c’est tous ensemble favoriser l’éclosion de nouvelles communautés chrétiennes, conscientes de leur valeur et de la force agissante de Celui qui est leur âme. Ensemble, animée de l’Esprit du Ressuscité, la communauté chrétienne est comme un levain dans la pâte, une force capable d’humaniser et de transformer le monde.

Ce fut là exactement la situation des chrétiens de l’Église primitive. Ils étaient une petite minorité dans le vaste empire romain; ils n’avaient aucun pouvoir au plan social; ils ont pourtant réussi à transformer le monde de l’intérieur.

L’aujourd’hui du salut

Face à un régime socio-religieux qui était étouffant, Jésus a manifesté une liberté remarquable. Pour lui, la personne passait avant la loi. Il possédait une incroyable qualité humaine, un cœur plein de vie et de générosité qui contrastait avec les tenants du pouvoir qui avaient laissé étouffer leur capacité d’aimer, de vibrer et de désirer profondément.

Face à tout ce qui nous déshumanise, l’Esprit du Ressuscité s’offre à nous afin qu’à l’image de Jésus, nous développions notre capacité d’aimer, d’être en relation, de croître et de prendre le chemin du bonheur durable.

Les premiers chrétiens ont été très attentifs à l’aujourd’hui du salut chrétien. Le salut, ce n’est pas seulement pour l’au-delà. Par exemple, Paul a mentionné toutes les servitudes, tous les esclavages de son temps, pour montrer comment le Christ en libérait par le dynamisme de sa résurrection. Pour lui, la résurrection du Christ est une force libératrice et une force de vie, ici et maintenant.

En effet, Paul affirme :

« Voici maintenant le moment tout à fait favorable. Voici maintenant le jour du salut » (2 Co 6,2b)

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