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Miser sur la fidélité de Dieu

Troisième de la série. Dieu désire la prière pour nous.
Tout comme l’apôtre Paul, l’expérience de notre faiblesse nous invite à miser sur « plus grand que nous » afin que la Vie nous habite. Tiré de 2 Co 12,9 : « Mais il m’a déclaré : ‘Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse.’ C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure. »


Nota Bene
Cette série sur le thème de la prière s’inspire tout particulièrement de l’excellent ouvrage intitulé « La prière retrouvée » que nous vous recommandons grandement.
La prière retrouvée par Pierre Guilbert, 1981, Foi vivante – Vie spirituelle, Nouvelle cité, Distribution Cerf, 1981, 180 p.
Nous avons eu la chance de nous procurer cet ouvrage en faisant une recherche sur le Net. Notre copie est usagée, car l’ouvrage semble vraisemblablement épuisé.


Un bout de ciel bleu appelé à disparaître?

N. B. Afin de saisir le contexte de ce troisième article de la série, nous vous conseillons de lire les articles précédents.


Quoi de mieux qu’une bonne résolution afin que perdure le temps de prière amorcé dans un temps de retraite, n’est-ce pas? C’est du moins la décision que prendraient plusieurs retraitants.

Comme tant d’autres, Pierre dit avoir pris beaucoup de résolutions dans sa vie… et en avoir si peu tenu…

Des résolutions? Il y en a de toutes sortes : présomptueuses, généreuses, enthousiastes, volontaristes, chancelantes, hésitantes, distraites, superficielles, sérieuses…

Ondes par Linus Nylund (unsplash.com)À l’instar d’ondes engendrées par un caillou jeté dans l’eau, les résolutions perdent souvent en force avec le temps.

À titre d’exemple, selon des études statistiques, une minorité de personnes seulement honoreraient les résolutions du Nouvel An.

Et qu’en est-il de notre expérience personnelle?

Les résolutions, grandes ou petites, Pierre Guilbert était prévenu contre elles. L’expérience d’échecs répétés faisait en sorte qu’il ne se faisait plus d’illusions.

Et voilà qu’au beau milieu de la retraite on l’informe que « c’est dans six mois que vous jugerez la valeur du temps vécu ».

« Six mois! » Un précipice s’ouvre alors sous les pas de Pierre.

Allait-il retourner à ses vieilles habitudes où la prière était absente de sa vie?

Heureusement, il y avait en Pierre un désir intime que la prière retrouvée puisse perdurer à la suite de sa retraite.

Fait particulier, une forte expérience vécue au sein d’un temps de prière le convainquit qu’il devait s’appuyer sur une autre fidélité que la sienne :

Je me suis entendu formuler ce raisonnement. Entends-moi bien; je n’ai pas formulé ce raisonnement. Il ne venait pas mon cru. Je me suis entendu le formuler : il m’a été donné. Je l’ai reçu. « Je ne peux pas m’appuyer sur ma fidélité, car l’expérience me prouve que je ne suis pas fidèle ». (p. 31)

Ces résolutions toujours sans lendemain, je n’avais que l’illusion de ma fidélité ou de mon désir de fidélité. […] Alors je n’ai pas pris de résolution. Délibérément. Mais les choses ne s’arrêtent jamais où tu le crois… (p. 31)

S’en remettre à la fidélité de Dieu

Je savais donc que je n’étais pas fidèle et que je ne pouvais compter sur ma fidélité. Mais je savais aussi que Dieu, lui, est fidèle. Je venais d’en faire l’expérience à travers tout ce qui s’était passé depuis mon premier petit « oui ». Dieu, qui est fidèle, était venu lui-même à ma rencontre. Il avait aplani les sentiers. (p. 32)

Montagne, roc sur fond de ciel bleu par Ash Edmonds (unsplash.com)Pierre dit au Seigneur : « Puisque je ne suis pas fidèle, je m’en remets à ta fidélité ». Je sentis que cette entente secrète avait été ratifiée par Dieu. Me le confirmait à chaque instant cette paix intérieure où Dieu m’affermissait et que je recevais de lui comme un don merveilleux. (p. 32)

J’accueille ma blessure comme une grâce. Je reconnais ma vulnérabilité. Je laisse entrer en mon cœur blessé la lumière bienfaisante du Christ. (La petite voix avec Thérèse de Lisieux de Jacques Gauthier, Novalis, 2018., p. 73)

Reconnaître notre imperfection, c’est nous situer dans la vérité profonde de notre être, et, à partir de cette vérité, nous offrir au feu transformant de la miséricorde divine. (La petite voix avec Thérèse de Lisieux de Jacques Gauthier, Novalis, 2018., p. 59)

Plus tard, en faisant une relecture avec le bon père jésuite, Pierre s’aperçut que des séquelles dépressives, des plages de tristesse, de mornes étendues d’ennui ainsi qu’une lassitude de cœur faisaient maintenant place à une santé par le seul « concentré de prière et cette remise à la fidélité de Dieu ». (p. 34)

Il avait accepté de recevoir la prière et voilà que par surcroît il recevait la santé.

De retour de sa retraite, Pierre se nourrissait maintenant de son pain quotidien de prière.

Non plus quatre heures, mais une heure par jour, puis une demi-heure.

Une Présence fécondait sa vie et la changeait peu à peu.

Six mois plus tard…

Aux environs du carême, voilà que Pierre hérite d’un travail supplémentaire qui lui réclame tout son temps. Du moins le croyait-il…

Il coupe donc dans la demi-heure de prière personnelle avec l’intention d’y revenir plus tard.

Pâques est revenu, avec plus de temps pour Pierre, mais pas la prière personnelle, le « charme » étant rompu.

Il y avait bien un désir qui demeurait vivant en Pierre, mais l’élan n’était plus assez fort.

Comme il le dit lui-même : « les choses se dégradent alors rapidement ». (p. 38)

Que s’était-il donc passé? Et la fidélité de Dieu dans tout cela?

Avec le recul Pierre a saisi comment il « s’était fait piéger ». Il ne s’était pas accroché à la fidélité de Dieu :

Ainsi, imperceptiblement, tu passes d’une fidélité à l’autre : de la fidélité de Dieu qui est fidèle, à ta fidélité à toi, qui n’est pas fidèle. Ne t’étonne pas alors que tout craque. (p. 39)

Devant une importante surcharge de travail, Pierre aurait pu s’en remettre à Dieu qui lui aurait prêté main-forte.

Il a plutôt décidé de mener sa barque tout seul en coupant sur la seule demi-heure de prière personnelle qui lui restait, croyant ainsi qu’il valait mieux consacrer ce temps irremplaçable au profit d’un surplus de travail alors que ce dernier accaparait déjà tout le reste de son temps.

Heureusement, le désir de la prière ne l’avait pas quitté.

Petite église, ermitage par Robin Spielmann (unsplash.com)Afin de se « remettre sur les rails », il choisit un autre temps de retraite assez long pour se plonger à nouveau dans la prière.

À nouveau, Pierre faisait l’expérience d’être sauvé.

Au total, Pierre connut trois temps de retraite en un peu plus de deux ans.

Tel fut le prix pour que la prière personnelle fasse partie intégrante de son quotidien.

Pierre avait conscience que la prière lui avait été donnée, ainsi que le désir de revenir à la prière.

Tu auras à prononcer, toi aussi, quelques petits « oui » infimes et minuscules : c’est là ta part, comme ce fut la mienne. Mais prends-y garde : c’est là que tout peut prendre source, ou tarir. (p. 44)

De petit « oui » en petit « oui »

Alors que nous pouvons tergiverser, Dieu pour sa part ne cessera jamais de désirer la prière pour nous :

Chaque pas que tu feras Le trouvera prêt à te donner tout le nécessaire pour que tu y parviennes, et en premier lieu l’affermissement de ton désir. Accepte ensuite que cela demande du temps. (p. 44)

Pierre conseille que nous prenions une « cure de prière » qui soit suffisante pour en « restaurer la fonction » quotidienne et lui rendre toute son efficacité (surnaturelle). (p. 45)

Il est intéressant de noter qu’il existe dans les commandements de Dieu un appel à observer chaque semaine le « jour du repos ».

Un temps fort de ressourcement, s’il est bien vécu, fécondera le reste de la semaine.

Il importe de se libérer de la tyrannie de l’activisme qui finit inexorablement par assécher le cœur.

Pour découvrir ou redécouvrir la prière dans sa vie

Deux choses fondamentales sont à notre portée :

  • Laisser grandir en nous le désir de la prière jusqu’à ce qu’il devienne le cri de notre cœur. Dire « oui » à la montée du désir. C’est Dieu qui le fait croître.
    Dieu qui est fidèle désire que nous lui demandions le désir de la prière. Et étonnamment, cette demande est déjà un don de sa part.
  • S’en remettre à Dieu pour aplanir les difficultés qui inévitablement se mettront en travers de notre route. S’obstiner dans la confiance donnée à Dieu et savoir saisir les occasions pour prier.

Apprendre à ne s’appuyer que sur le Seigneur, parce que « c’est dans la faiblesse que se déploie sa puissance » (2 Co 12,9).

Pour aller plus loin

Prends le temps de demander à Dieu qu’il accroisse ton désir pour la prière personnelle. Il désire la prière pour toi. Réserve-toi un temps non négligeable de prière une fois semaine. Pour le reste de la semaine, sois à l’écoute où la vie t’appelle à prendre un temps de prière personnelle : ce peut être au lever, au coucher, en pleine nuit, qui sait? À toi de le découvrir.


À suivre…

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