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La sainte quarantaine

Moïse marche à la tête de son peuple« Viens avec moi, dit Dieu à Moïse, marche à la tête de mon peuple. Il te faut traverser le désert pendant quarante années d’une interminable marche. C’est le seul chemin qui conduira de la terre d’Égypte, terre d’esclavage, au soleil de la Terre promise, terre de liberté et de délivrance. »

« Moi, Moïse, je suis mandaté par mon Seigneur pour conduire mon peuple. Je demeurerai quarante jours et autant de nuits sur la montagne, pour conclure avec mon Seigneur, l’alliance dont on fera mémoire pour toujours. »

Les quarante ans de Moïse dans le désert, comme les quarante jours de Jésus, ont inspiré à l’Église les quarante jours du carême.

Ce carême m’est proposé comme une marche vers une vie plus pleine; un espace pour une rencontre approfondie avec le Seigneur.

Je suis invité à reprendre, à ma manière, la marche des Hébreux; à aller à la rencontre de Dieu, « lieu » de ma Terre promise !

Au début de la « sainte quarantaine », l’Église me marque du signe de la croix avec un peu de cendre qui me rappelle mon origine : je suis né du limon de la terre.

Cependant, malgré mes humbles origines, je suis appelé à la liberté véritable, celle d’un fils bien-aimé du Père, celle animée par le Souffle du Ressuscité.

Jésus dans le désertQuarante années de désir avec Moïse. Quarante jours de désert avec Jésus. Chaque année, je suis appelé à traverser ce désert.

« Oui, me dit l’Église, viens au désert avec Moïse, avec Jésus. Viens faire la vérité sur ta vie. »

Prendre le temps de me regarder :

  • Relire l’itinéraire de ma vie
  • Où en suis-je sur le chemin où je me suis engagé?
  • Où la vie m’appelle-t-elle?
  • Est-ce que je pressens que des décisions s’imposent pour un plus-être?

Au désert, je peux risquer de faire la vérité sur moi-même, en présence du Dieu d’Amour et de Vérité.

Sais-tu que Moïse et Jésus ont vécu au désert l’épreuve du questionnement?

« La vérité est gage de de liberté, elle est chemin de liberté » (d’après Jn 8,32)

Faire la vérité, c’est reconnaître …

  • … ses faiblesses, ses incapacités, ses besoins et ses manques.
  • … ses dons, ses forces, ses capacités et sa qualité de cœur.

Je me reçois de Dieu, source de tout don.

À l’instar des sarments ont besoin de sève pour croître, j’ai besoin de Celui en qui j’ai « la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17,28).

Le désert? C’est l’espace où l’Esprit me conduit pour être victorieux sur ce qui m’enchaîne, afin d’aller à la rencontre du Dieu de l’Alliance qui désire me faire don de sa Vie.

J’ai besoin de Celui qui est la « Vie de ma vie » (Saint Augustin), car je suis constamment tenté de faire « fausse route », constamment tenté de prendre un chemin qui me blesse.

De fait, la tentation fait partie intégrante de ma vie. Ce n’est pas « par hasard » que dans le « Notre Père » nous demandons à Dieu de nous délivrer de la tentation.

Je peux être tenté … 

  • … de chercher la première place à tout prix
  • … d’écraser mon prochain
  • … de faire ma place au détriment des autres
  • … d’avoir une vie qui tourne autour de mon petit « moi »

Le Seigneur m’appelle à plus. Il appelle à aimer comme Lui aime, grâce au don de son Esprit.

« Aime ton prochain, comme toi-même » dit l’Évangile. (Mt 22,39)

Apprendre à s’aimer avec justesse. Le « bel amour de soi » comme disait Saint Thomas d’Aquin.
Apprendre à aimer son prochain. Apprendre à prendre soin de mon prochain.

Les « dix commandements » donnés à Moïse au mont Sinaï nous apprennent qu’aimer « ce n’est pas faire n’importe quoi ». L’amour a ses exigences. « Prendre soin » … a ses exigences.

À la veille de sa mort, Jésus nous a laissé ce commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Avec Jésus, l’amour a un visage, une inspiration, un moteur, car le Christ nous a fait don de son Esprit.

Quarante jours? C’est un temps privilégié qui me rappelle que je suis appelé à aller de recommencement en recommencement, à grandir dans la « joie du don » (Mère Térésa).

Les quarante jours de carême? C’est la « métaphore de mon existence », c’est l’espace de ma vie où je risque la rencontre du Fils de Dieu qui vient révéler à mon cœur qu’en Lui, je suis, comme Lui, fils du Père.

Je suis convoqué à la fraternité, à la communion et à la solidarité.

Je suis appelé à ouvrir mon cœur au Père, fils dans le Fils. Voilà la sainteté! C’est l’Esprit du Ressuscité qui en moi fait jaillir la vie.

Désert - LumièreSi, dans le désert d’Égypte, les Hébreux marchaient le cœur habité par la Terre promise, pour ma part, je franchis pas à pas le désert de mon existence, sous la mouvance de l’Esprit qui souffle sur mes cendres afin d’y faire jaillir la vie.

C’est l’heure favorable. « C’est aujourd’hui le jour du Salut. » (2 Co 6,2)

Je marche, l’espace de mon carême, le cœur habité par la lumière de Pâques.

Le carême est un moment de grâce qui est donné à chacun et à chacune en Église, pour aimer tous les autres comme Dieu m’aime, pour regarder tous les autres avec le regard même de Dieu, pour m’aimer moi-même avec le cœur de Dieu.

« Le jeûne que je préfère, pendant ces quarante jours, pendant toute ta vie, dit Dieu, c’est l’amour que nous avons les uns pour les autres et qui fait vivre, c’est la justice du cœur dans notre façon miséricordieuse de juger les autres, c’est la paix que nous fabriquons à force de pardonner, c’est le partage et le souci des plus petits, c’est la joie que nous semons. »

J’aurai toujours besoin d’un carême pour savourer, dans l’action de grâce, le dur chemin de ma délivrance. J’aurai toujours besoin d’un carême pour découvrir la force invincible de la résurrection.

De mes cendres, je ne cesserai de renaître, comme les apôtres écrasés au cénacle par la peur, mais plus vivants que jamais, plus audacieux, quand l’Esprit Saint mit le feu au cœur de chacun.

Je n’ai pourtant que la foi pour marcher ces quarante jours, en anticipant la résurrection. Il a fallu du temps aux apôtres pour qu’ils comprennent ce qui s’est vécu à la croix. Et la résurrection les a tellement étonnés!

La foi exige du temps pour se dire. Le temps permet d’approfondir, de creuser, de mûrir sa foi.

Les quarante jours des apparitions, au lendemain de Pâques, comme il est dit en Luc, suggèrent que l’on n’a jamais fini d’approfondir la foi au Dieu de Jésus Christ.

Je n’ai que l’espérance pour faire mémoire de son alliance et célébrer sa présence. Je n’ai que l’amour qui transfigure pour aller jusqu’au bout où l’Esprit me mène, d’une façon si étonnante, pour m’introduire au cœur de la liberté même de Dieu.

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