Saint Augustin en sa quête du vrai

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« O Dieu immuable, que je me connaisse, que je Te connaisse ! »

À la fin des grandes persécutions romaines, Constantin (280-337) finit par s’emparer du pouvoir et décide, sous l’influence d’Hélène, son épouse, une chrétienne, d’établir le christianisme religion d’État tout en tolérant les autres religions.

Après le temps des épreuves, on assiste au IVe siècle chez les chrétiens nouvellement libérés, à une véritable effervescence de la pensée religieuse, effervescence caractérisée par la floraison des hérésies sans doute, mais aussi par l’apparition des importants docteurs de l’Église qui enrichissent encore aujourd’hui notre croyance, notamment à l’office de lecture du bréviaire de tous les jours. Qu’on pense, par exemple, à Athanase (295-373), à Basile le Grand (330-379), Grégoire de Nazianze (330-390), Grégoire de Nysse (331-394), Ambroise (337-397), Jean Chrysostome (344-407) et combien d’autres.

Saint Augustin
Saint Augustin

Saint Augustin mérite de figurer en bonne place dans cette liste, vu l’étendue de ses recherches et sa grande facilité d’expression. Pourtant, ce qui peut surprendre, il n’a jamais appartenu à l’élite intellectuelle de son temps, d’abord parce qu’il venait de loin, une petite ville d’Afrique du Nord, mais aussi parce que, jeune étudiant, il avait refusé de se frotter au grec, la langue de la Haute Culture de l’époque.

Et ce n’est pas le prestige de sa charge épiscopale qui pouvait faire la différence, attendu que, selon la pratique d’alors, des évêques, en Afrique du Nord, on en comptait par centaines. Faut-il s’en étonner ? Un commentateur va jusqu’à dire qu’« en moyenne, on en consacrait un par semaine».

Et quand les artistes représentent saint Augustin, le plus souvent ils le montrent mitre en tête, crosse en main et lourde chape sur le dos, ce qui manifeste un amour du symbole plus que de la vérité historique. « C’est oublier, remarque Garry Wills, qu’au quotidien, Augustin portait le vêtement gris des moines et officiait dans les cérémonies du culte de son église habillé de la même façon.»

Il faut dire aussi que les appellations Docteurs de l’Église et Pères de l’Église ne sont apparues dans l’Histoire qu’au XIIIe siècle, sous le pape Boniface VIII (1235-1303), et que les artistes dont nous parlons, en ce qui regarde l’art et l’habillement, témoignent de leur époque à eux, nullement de celle du saint évêque.

Ce n’est pas dire que la vie du grand homme manque d’intérêt. Grâce à la surabondance de ses écrits, saint Augustin est probablement l’homme le plus connu des sommités de son temps.

Il est né le 13 novembre de l’an 354 à Thagaste en Afrique romaine (aujourd’hui Souk Ahras en Algérie), fils d’un païen, Patricius, notable de l’endroit, et de Monique, une fervente chrétienne, qui veille à ce que son fils soit élevé selon les principes de la foi. Encore enfant, le gamin poursuit ses études à Madaure, ville de Haute Culture. C’est alors qu’il prend goût à ce qui reste des splendeurs de l’Empire romain déjà entré dans son déclin.

À 16 ans, grâce à un bienfaiteur de la famille, il s’installe à Carthage (Tunisie actuelle) où il étudie le Droit, la Rhétorique et la Philosophie. Adolescent surdoué et exubérant, il cultive les amitiés et profite des plaisirs de la vie. Tombé amoureux d’une fille, il en a un fils et devient père de famille à 19 ans. Il donne à son fils le nom d’Adéodat (Don de Dieu), ce qui le force à rester fidèle à sa conjointe même si, civilement, étant d’une classe sociale inférieure, celle-ci ne peut être autre chose qu’une concubine.

Sur le plan des idées, les contacts de notre rhéteur depuis quelques années le rapprochent de la pensée manichéenne plus que de la foi chrétienne. Très conscient de ses talents, le pockio ne manque surtout pas d’ambition.

Or, voilà qu’un jour, il tombe sur l’Ortensio de Cicéron, une lecture qui bouleverse sa manière de voir les choses. Pour le grand orateur, la conquête du bonheur implique nécessairement la recherche des biens qui ne périssent pas : la Sagesse, la Vérité et la Vertu. Voilà qui donne à réfléchir ! De retour à Thagaste en 378, grâce à l’aide d’un bienfaiteur, il y tient, pendant cinq ans, une école de Grammaire et de Rhétorique.

En 383, sautant sur une occasion, il s’installe à Rome avec les siens, toujours à la poursuite de son rêve de grandeur, mais tout cela pour constater que Rome ne correspond pas à l’idée qu’il s’en faisait. Aujourd’hui, c’est à Milan, la nouvelle capitale, qu’il se passe des choses. L’année suivante, on ne sait trop par quel expédient, il hérite d’un privilège incroyable, la chaire de Rhétorique de Milan. Quelle merveille ! L’arriviste est enfin arrivé ! Le plaisir de la conquête l’éblouit un temps, mais finit par le lasser. Il traverse alors une période creuse, toujours insatisfait de sa façon de voir la vie – ce, malgré le recours à ses amis manichéens.

Saint Ambroise
Saint Ambroise

Puis le temps passe. Dans le but de peaufiner ses capacités, il lui arrive d’assister aux sermons de l’évêque du lieu, Ambroise, prédicateur réputé. Or, plutôt que d’améliorer ses propres capacités dialectiques comme il espérait, les paroles du prélat le touchent en profondeur. Le message chrétien lui apparaît alors dans toute sa splendeur, ce qui le mène, après quelques mois de catéchuménat, à une véritable conversion.

Il se passionne pour la philosophie, dévore les textes de l’Écriture, se sent attiré par la vie des ascètes chrétiens. En présence de Monique, venue le rejoindre à Milan, il est baptisé à 32 ans en même temps que son fils Adéodat par l’évêque Ambroise, dans la nuit de Pâques du 25 avril 387.

Saint Augustin et Sainte Monique
Saint Augustin et Sainte Monique

Entre-temps, sa concubine est retournée en Afrique, tandis que lui, plutôt que de chercher une femme de sa condition pour l’épouser en bonne et due forme comme le présume Monique, voit plutôt son avenir du côté d’une vie consacrée au Seigneur. Désireux de retourner en Afrique, il passe par Rome et s’embarque à Ostie, non sans avoir assisté sa mère, Monique, dans les derniers moments de son existence.

Cette scène nous a valu le célèbre tableau du peintre Ari Scheffer. La vie en Numidie est traversée plus que jamais par des chicanes de religion, surtout depuis la scission en 395 entre les secteurs occidental et oriental de l’Empire.

Augustin s’installe à Thagaste, berceau de son enfance. Il y fonde avec quelques compagnons un monastère à l’abri duquel il se fait un devoir de pourfendre les hérésies, y compris ses anciennes croyances manichéennes. Le meilleur de ses interventions nous vaut un ouvrage intitulé De la vraie Religion.

Puis il consacre beaucoup de temps à la prière et à la mise au point de sa règle monastique. Malheureusement, la mort coup sur coup de son fils Adéodat et de son ami Nébridius assombrit sa vie et l’incite à aller chercher réconforte auprès d’un ami sur la côte, ce qui l’oblige à passer par Hippone, une ville marchande renforcée d’un port de mer.

Saint Valérius
Saint Valérius

Or, il se trouve que Valérius, le vieil évêque du lieu, n’arrive pas à maîtriser les luttes religieuses qui secouent son diocèse. Il se cherche de l’aide. Précédé par sa réputation, Augustin lui prête un temps son concours. Il remplit si bien son rôle que la population l’invite à embrasser le sacerdoce et à devenir l’auxiliaire de l’évêque. Ce qui l’oblige à changer de vocation, préférant dorénavant l’action à la contemplation. Il sera bientôt l’évêque d’Hippone et y régnera de 395 au 28 août 430, le jour de sa mort.

Le présent récit raconte les principales étapes de l’interminable quête d’Augustin dans la réalisation du vœu de Monique, sa mère, aux beaux jours de son enfance.

Aujourd’hui, il répond aux titres d’évêque d’Hippone, de Père et de Docteur de l’Église. Il nous a laissé, en outre, autour de 700 homélies et quelques ouvrages à la défense de l’intégrité de la doctrine telle que définie par le Concile de Nicée (325). N’oublions pas surtout qu’il nous a légué Les Confessions, son extraordinaire autobiographie spirituelle, chef-d’œuvre de la littérature universelle.

Bruno Hébert, c.s.v.

Source :
Voix du sanctuaire 2023 (PDF).

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