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Passer du ressentiment à la reconnaissance

M’ouvrir à l’amour premier de Dieu (série) :


L’attitude du fils cadet comme celle du fils aîné de la parabole illustrent des états d’âme que nous vivons tous, faisant ainsi référence à notre besoin de salut et de guérison.

Cet article a été rédigé à partir de l’ouvrage « Le retour de l’enfant prodigue » (p. 75-110) de Henri Nouwen, Éditions Bellarmin, 1995, 177 p.


N.B. Veuillez vous référer à la parabole en fin d’article.

Introduction

Dans la parabole du fils prodigue, il est notamment mention du fils aîné qui est présenté comme une personne qui toute sa vie a fait son devoir.

Il a travaillé fort chaque jour et il a rempli toutes ses obligations.

Bref, extérieurement, il a fait toutes les choses qu’un bon fils est censé faire pour être en bonne relation avec son père.

Pourtant, la parabole révèle que l’attitude du fils aîné à l’égard du fils cadet était diamétralement opposée à celle de son père, montrant par le fait même que le fils aîné s’était lui aussi égaré.

Intérieurement, le fils aîné s’était éloigné de ce qui animait son père.

Le « retour à la maison du père dans la parabole » ne concerne donc pas exclusivement le fils cadet, mais bien le fils aîné.

Le fils aîné, une figure qui parle de nous tous

Parabole du fils prodigue - Fils aînéLe fils aîné était incapable d’entrer dans la joie de son père qui avait retrouvé le fils cadet.

Le cœur rancunier du fils aîné ainsi que sa frustration le paralysaient totalement.

Lui, le fils aîné vertueux, n’ayant rien à se reprocher extérieurement, vivait sans doute intérieurement, à en juger sa réaction, en état de mécontentement et de plainte.

Il sentait sans doute qu’il ne recevait pas de son père la reconnaissance à la mesure de ses efforts, fermé en quelque sorte à l’amour de son père qui était pourtant « toujours avec lui » (Lc 15,31),

L’amour de Dieu à la rencontre de notre besoin de guérison

L’attitude du fils cadet comme celle du fils aîné de la parabole illustrent des états d’âme que nous vivons tous, faisant ainsi référence à notre besoin de salut et de guérison.

« Dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri », dit le centurion à Jésus dans l’Évangile. (Mt 8,13)

La parabole du bon berger qui risque sa vie afin de trouver la brebis perdue (Lc 15,4-7) illustre l’amour de Dieu qui cherche à nous atteindre et nous sauver.

En pensant à l’attitude du fils aîné, il est en effet tentant de se plaindre de notre condition présente et à chercher la consolation auprès des personnes de notre entourage.

Seulement, trop souvent une plainte exprimée conduira à ce que l’on redoute le plus : être rejeté davantage.

Très peu de gens en effet, à part nos excellents amis et/ou personnes habilitées à la relation d’aide, savent comment répondre avec justesse aux plaintes d’une personne qui ne s’accepte pas elle-même. (p 91)

C’est précisément sur ce point que l’amour inconditionnel Dieu est irremplaçable.

Dieu est constamment à notre écoute. Son amour et son pardon sont toujours offerts.

Dieu est toujours « de notre côté » cherchant à nous guérir de nos ténèbres intérieures. (p. 98)

Notre part? Croire, faire confiance et s’ouvrir à cet amour tout-puissant :

  • À l’instar du fils aîné, nous avons besoin d’être guéris de notre ressentiment, fruit amer de notre besoin de plaire. (p. 105)
  • À l’instar du fils cadet, incapable de se pardonner pour s’ouvrir à l’amour des autres, nous avons besoin d’être libérés. (p. 103)

Il faut que nous soyons trouvés et ramenés à la maison par le berger qui est sorti à notre recherche (Lc 15,4-7) :

Laisser notre Père du ciel être le Dieu dont l’amour infini et inconditionnel fait disparaître tout ressentiment et toute colère; nous rend libre d’aimer au-delà du besoin de plaire et d’être approuvé. (p 104)

Au-delà d’une attente passive

Seul, je ne peux créer ma véritable liberté. Il faut que cela me soit donné.

Cependant, même si je suis, à l’instar du fils aîné, incapable de me libérer de ma colère paralysante, il ne s’agit pas pour autant d’attendre ma libération de manière passive.

« Prie comme si tout dépendait de Dieu, agis comme si tout dépendait de toi » disait saint Ignace de Loyola.

Nous pouvons favoriser notre guérison par l’amour de Dieu notamment grâce à la prière et par la pratique quotidienne de la confiance et de la reconnaissance. (p. 105)

Il s’agit d’une discipline nécessaire pour convertir le « fils aîné » qui est à l’œuvre en nous.

La grâce de Dieu qui s’offre incessamment et librement à nous a effectivement besoin de notre collaboration.

Ce que nous pouvons faire

La confiance

Tout d’abord, je dois me convaincre que le Père me veut avec lui, que je vaux la peine d’être trouvé.

« Dieu me cherche, car il m’aime. Son repos même dépend de sa communion avec moi. » (p. 105)

Cette voix est l’antithèse de cette autre voix, sombre et puissante, qui cherche à me convaincre que Dieu ne s’intéresse pas à moi et que par conséquent il ne me donnera pas ce dont j’ai besoin.

Croire que Dieu me cherche et que je serai trouvé demande une discipline réelle afin de surmonter mon apitoiement chronique. (p. 106)

Sans cette discipline, je deviendrai la proie d’un désespoir sans fin, car je ne me croirai jamais assez important pour être trouvé.

La réalisation de mon désir profond m’appelle à une confiance radicale à la Voix qui m’appelle.

La reconnaissance

Le ressentiment et la reconnaissance ne peuvent coexister.

Le ressentiment bloque l’expérience de la vie en tant que don. On en vient à penser que nous ne recevons pas ce que nous méritons, ce qui génère de l’amertume et de l’envie. (p. 106)

Homme qui contempleLa discipline de la reconnaissance, c’est l’effort de reconnaître que tout ce que je suis, et tout ce que j’ai, m’est donné comme cadeau d’amour, un don à célébrer avec joie. (p. 106-107)

Cette discipline demande une vigilance et un choix conscient, surtout si mes sentiments penchent du côté du ressentiment.

Nombreuses sont les occasions où nous pouvons choisir la reconnaissance au lieu de nous apitoyer sur notre sort.

Nous avons l’occasion de parler de bonté et de beauté, le pouvoir de pardonner et la possibilité de regarder les visages qui sourient plutôt que de faire du blâme, de la haine, de la vengeance et de l’envie notre pain quotidien.

Je peux choisir d’habiter dans le ressentiment en pointant du doigt ceux qui semblent être mieux que moi, en plus de me lamenter au sujet des malheurs qui m’ont accablé dans le passé. (p. 107)

D’autre part, je peux choisir d’habiter dans la reconnaissance en contemplant Celui qui est à ma recherche et de qui je reçois tout don qui fait vivre.

Choisir la reconnaissance demande un effort.

Seulement, chaque choix que je pose dans le sens de la reconnaissance facilitera le prochain choix en ce sens, accroissant ainsi ma libération.

Chaque don accueilli en révélera un autre, et encore un autre, jusqu’à ce que l’événement le plus « banal » soit rempli de grâce à mes yeux. (p. 107)

Savoir risquer

Choisir la confiance et la reconnaissance implique une mentalité de « risque ».

À l’instar du « Dieu de l’initiative », plutôt que de rester dans la méfiance et le ressentiment, il s’agit d’oser et de poser des gestes qui incarnent une foi qui se vit au quotidien. Voici quelques exemples bien concrets (p. 108) :

  • Écrire une lettre gentille à quelqu’un qui ne veut pas me pardonner.
  • Téléphoner à quelqu’un qui m’a rejeté.
  • Dire une parole de compassion à quelqu’un qui ne peut pas en faire autant.

Ces sauts dans la foi constituent autant de décisions qui vont dans le sens inverse des calculs et des soupçons caractéristiques de la méfiance et du ressentiment.

Agir de la sorte, c’est entrer dans la mentalité de Celui qui me cherche, qui court à ma rencontre et qui m’invite à entrer dans la joie du don.

Une vie de foi implique autant de bonds où l’on ignore si …

  • … nous serons aimés en retour
  • … nous recevrons suite à notre don
  • … nous serons accueillis en retour de notre accueil

Cependant, la pratique de ces petits pas dans la foi fera de moi une personne de plus en plus donnée, à l’instar de Dieu de la vie, plutôt que de rester enfermé dans le ressentiment et les lamentations.

Certes, comme nous le suggère la parabole du semeur (Mt 13,3-23), la réponse des autres ne nous appartient pas. Cependant, nous pouvons espérer que le grain semé saura trouver une terre fertile.

Jésus est venu pour nous montrer l’amour du Père et nous libérer de l’esclavage de notre ressentiment.

Plutôt que l’apitoiement sur notre sort, nous sommes appelés à changer notre regard et à apprendre à vivre dans la reconnaissance et la confiance.

Parabole du fils prodigue (Lc 15,11-32)

Jésus dit encore :

« Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.” Et le père leur partagea ses biens.

Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.

Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin.

Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.

Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.

Alors il rentra en lui-même et se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.”

Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.

Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.”

Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent à festoyer.

Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait.

Celui-ci répondit : “Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.”

Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier.

Mais il répliqua à son père : “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras!”

Le père répondit : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.
Il fallait festoyer et se réjouir; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé !” »

 

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