Imprimer

Convictions et étapes de la conversion dans la spiritualité zundélienne

4e article d’une série de 8 sur les principales convictions et les étapes de la conversion selon l’itinéraire zundédien. Quatrième conviction qui oriente la spiritualité zundélienne : révéler le vrai visage de l’être humain et de Dieu.

Merci de vous référer au premier article de cette série afin de situer le présent article dans son ensemble.


Un double besoin

Il arrivait à Maurice Zundel de prêter à Dieu cette confidence adressée à chacun de nous : « Sans moi, tu ne peux te réaliser, sans toi, je ne peux me révéler. »

« Dieu a besoin de l’homme pour se révéler, et l’homme a besoin de Dieu pour se révéler à lui-même. Nous avons besoin de Dieu pour vivre notre vie dans toute sa plénitude de créature de Dieu, et Dieu a besoin de nous pour se communiquer. »

Jocelyne Chemier Mishkin, En Quête – À la recherche de mon Autre avec Maurice Zundel, p. 168.

Nous sommes appelés à révéler le vrai visage de l’être humain comme celui de Dieu.

Créés à son image, nous sommes appelés à devenir à sa ressemblance.

Nous sommes appelés à devenir des êtres humains, au sens plein du terme, en communion avec la Vie de Dieu qui nous est confiée :

« À chaque instant, à chaque instant, nous avons à veiller sur la vie de Dieu, à la protéger en nous et dans les autres.

Main et petit plante par Ravi Roshan (unsplash.com)C’est vrai, voyez-vous! Dieu est une Présence, une Présence qui ne peut s’affirmer autrement qu’à travers nous.

Nous ne pouvons pas vivre sans Dieu.

Nous ne pouvons pas exister sans échanger avec lui.

Dieu est vraiment la Vie de notre vie!

Et la réciproque, c’est vrai : Dieu ne peut pas vivre en nous sans nous!

Sans nous, rien ne passe, rien, bien qu’il soit toujours là;

comme rien ne se passait en Augustin pendant les trente-trois ans où Dieu l’attendait sans qu’il s’en fût aperçu.

Et c’est là justement que notre vie prend toutes ses dimensions, toute sa grandeur, toute sa noblesse, toute sa beauté, toute sa nécessité.

Nous sommes nécessaires à Dieu.

Dieu a besoin des hommes, comme l’Amour ne peut s’enraciner que dans l’amour : il ne peut que mourir quand il ne rencontre plus aucun amour. »

Maurice Zundel, Lausanne, Institut de Montolivet, 7 mars 1967

Notre responsabilité est de révéler l’Amour de Dieu dans notre vie, de le rendre visible et palpable dans nos relations interpersonnelles.

« C’est là, je crois, la porte de lumière qui s’ouvre sur le mystère de Jésus : que l’Incarnation se continue à travers nous et que nous sommes chacun le Christ des autres. Saint Augustin le dit : ‘Nous n’avons pas seulement été faits chrétiens, nous avons été faits Christ’, et pas seulement Christ pour vivre en union avec lui, mais pour porter aux autres la lumière et la présence du Christ, pour être ce qu’il serait à notre place. »

Maurice Zundel, Saint Maurice, 01-02-04

Consentir à ce que l’incarnation de l’Amour de Dieu se réalise en nous :

« Le Royaume de Dieu, symbole préféré des évangiles synoptiques pour évoquer le désir de Dieu devant l’humanité, c’est la continuité de l’incarnation de son amour dans le cœur de tous les êtres humains. »

Benoît Garceau

Non pas subir, mais consentir

Le Dieu révélé en Jésus-Christ ne désire pas avoir des rapports de soumission avec l’être humain, mais des rapports d’alliance et d’intime communion.

Comme le souligne le Père Garceau, pour Zundel, il ne s’agit pas pour l’être humain de subir une volonté qui lui serait arbitraire et extérieure, mais de consentir à un immense amour qui lui est intérieur.

« Qu’est-ce que Dieu attend de nous? Mais c’est cela seul qui est indispensable à ce plan créateur et rédempteur, à ce contact, qui illumine et qui comble : rien d’autre que notre présence, notre consentement et notre amour.

Horizon, aube par Amir Hossein (unsplash.com)Et du matin au soir, et du soir au matin, dans chaque geste, dans chaque action, dans chaque battement de notre cœur, nous pouvons renouveler ce don, confirmer ce consentement, approfondir cette communion, découvrir toujours davantage cette lumière et cette beauté, qui est notre maison au-dedans de nous, qui est l’attente éternelle du cœur de Dieu.

[…]

‘Seigneur, je n’ai pas peur de vous, Seigneur, je crois en vous. Seigneur, vous êtes le cœur, vous n’êtes qu’un cœur. Vous êtes le cœur de la mère. Vous êtes l’éternelle maternité. Vous êtes la maison. Vous êtes l’attente… Vous êtes l’accueil…’ »

Maurice Zundel, « Aime, et ce que tu veux, fais-le », Lausanne, 1955

Pour Zundel, le christianisme n’est pas une morale mais plutôt une mystique.

« À noter également ce que j’appellerais l’accent franciscain du regard zundélien sur le mystère de l’Incarnation. Si Dieu s’est fait homme, à ses yeux, c’est avant tout pour révéler le vrai visage de Dieu en révélant le vrai visage de l’homme, et révéler le vrai visage de l’homme en le libérant de lui-même. C’est la révélation de l’amour créateur de Dieu qui attire son regard, plus que la rédemption du péché. »

Benoît Garceau

Retour haut de page